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Le Transmédia investit le secteur culturel et entre dans les musées

L’approche Transmédia n’est pas réservée à un secteur d’activité en particulier comme le cinéma, les jeux vidéo ou la télévision, même si ces secteurs contribuent largement à son développement. Aujourd’hui nous allons donc nous intéresser à l’utilisation du Transmédia par les musées et le secteur culturel en général. Nous ferons le tour des expériences menées en la matière ultérieurement à travers d’autres articles. Pour commencer je vous propose d’explorer ensemble certaines possibilités offertes par le Transmédia. La liste n’est pas exhaustive et je vous invite à la compléter dans vos commentaires.

Les audio-guides

Le Transmédia est aujourd’hui devenu « tendance » mais il faut reconnaître qu’il est depuis longtemps entré dans nos musées à travers l’usage des audioguides. En effet, le premier audioguide MP3 ne date pas d’hier puisqu’il a vu le jour en 1997 et il existait même auparavant des audioguides à cassettes.

Des adolescents visitent un musée à l'aide d'un Nintendo DS

Les plus sophistiqués intègrent aujourd’hui un GPS, permettant ainsi d’adapter automatiquement le commentaire à l’endroit où est situé le visiteur, voire de déterminer ses centres d’intérêt en tenant compte de paramètres tels que la direction du regard, la durée, la répétition sur position.

Avec le développement des technologies et notamment des applications mobiles, le contenu de ces audioguides a migré vers d’autres supports (lecteurs MP3, smartphones, tablettes,…) et de nombreux sites proposent aujourd’hui les contenus en téléchargements au format MP3 (payants ou gratuits). Wikipedia a également permis l’émergence d’une nouvelle génération d’audioguides brevetés disponibles notamment sur iPhone. Ceux-ci utilisent les articles de Wikipedia dont les contenus sont lus par une voix de synthèse, permettant ainsi à l’utilisateur de bénéficier de plusieurs milliers d’heures d’explications vocales.

Dans le cadre de son partenariat avec le Musée du Louvre de Paris Nintendo fournit des consoles Nintendo 3DS™ hébergeant un audioguide exclusif. L’Audioguide Louvre – Nintendo 3DS est ainsi disponible pour tous les visiteurs du célèbre musée depuis 11 avril 2012. Cet audioguide utilise les fonctionnalités uniques de la Nintendo 3DS comme les images en relief ou les animations 3D et est enrichi d’un plan interactif permettant la localisation en temps réel dans le musée.

Application mobiles

Nous venons de le voir, les applications mobiles permettent de reprendre le contenu des audioguides. Elles n’ont pas pour autant fait disparaitre les audioguides des musées (à ce jour, seul 40% d’entre nous possèdent un Smartphone).

Grâce à la technique du QRCode (et bientôt à la reconnaissance d’images) les smartphones et les tablettes permettent de liéer différents types de contenus (textes, photos, vidéos, musique) à une oeuvre. Ces contenus peuvent être découverts en amont ou aval d’une visite ou bien lors de la visite elle-même. Dans ce cas, le contenu doit être au préalable chargé dans le support ou bien le lieu visité doit offrir au mobinaute un accès réseau de bonne qualité (wifi ou 3G). D’après une étude, seul 7 % des utilisateurs de Smartphone flashent les QRCode. En effet, les lecteurs ne sont pas installés nativement dans les téléphones et le mobinaute doit installé lui même l’applicatif sur son smartphone. C’est un frein important.

Il est possible que dans quelques années, la technologie RFID aura suplanté le QRCode pour les raisons expliquées dans la vidéo ci-dessous mais surtout parce qu’il est fort probable que cette fois, la technologie (les lecteurs) sera installée nativement dans les téléphones.

Gamification, ARG (Alernate Reality Games) et Serious Games

Les jeux en réalité alternée sont un moyen utilisés par les musées pour capter un nouveau public et pour renforcer leur engagement en complément de la visite. Selon Claudine Brown, secrétaire adjoint pour l’éducation au Smithsonian, nous sommes à un tournant : « celui où l’introduction des nouvelles technologies est le moyen de toucher un public éloigné du musée et du monde scientifique. Les ARG semblent aujourd’hui une solution pour pallier ce désintéressement… ». Ainsi, certains musées comme le Metropolitan Museum of Art de New York utilisent régulièrement les ARG pour mobiliser le jeune public. Ces jeux, disponibles sur smartphones ou tablettes, offrent un moyen ludique est agréable de découvrir les oeuvres.

Le site internet du BMW Guggenheim LAB et son jeu interactif, Urbanology, ont été récompensé par le prix MUSE 2012 de l’Association Américain des Musées (AAM). Urbanology est un serious game dans lequel les internautes doivent gérer une ville. En répondant à une série de questions – faut-il augmenter les impôts ? subventionner les hôtels ou les écoles ? encourager le tourisme ? – les joueurs créent une ville du futur. Chaque décision complète un algorithme qui, au final, représente la ville virtuelle du joueur. D’abord créé comme un dispositif in-situ pour le première escale à New-York, Urbanology est désormais accessible sur le site internet du BMW Guggenheim LAB.

Teasing de la 7èmeédition de la Nuit européenne des musées, le jeu « Chez Tom dans la nuit » a été l’une des premières expériences de jeu transmédia dans le secteur culturel en France. Les joueurs devaient résoudre les énigmes en se rendant sur des pages de site internet de musée, sur des sites annexes (type blog factice, Google maps, site Nuit des musées), ou des énigmes un peu plus « geeks » (Modification d’URL, ASCII dans le code source). Chaque énigme permettait de mettre en lumière un objet présent dans les collections des musées partenaires. Cet article du site buzzeum.com fait le bilan de cette opération.

 

Réalité augmentée et virtualité

La réalité augmentée permet grâce à la caméra d’un smartphone ou d’une tablette et aux techniques de reconnaissance d’images de superposer à une oeuvre une couche d’informations complémentaires sous la forme d’un texte, d’un bande audio ou d’une animation vidéo. Malgré l’avantage évident que l’on peut tirer de ce type d’expérience, certains experts s’interrogent sur le bienfondé d’une telle approche qui, à leurs yeux, vient s’intercaler entre le public et l’oeuvre et donc parasite l’expérience et la découverte de l’oeuvre. Personnellement, je pense que c’est au public de choisir le type d’expérience qu’il souhaite vivre dans le musée. Après tout, rien ne nous oblige à utiliser la réalité augmentée lors de la visite.

Pour aller plus loin encore, les chercheurs du musée de Boston et les ingénieurs de Dassault Système ont reconstitué numériquement les pyramides et des tombes du plateau de Gizeh en Egypte pour les rendre accessibles au public grâce à des lunettes 3D au musée de Boston.

En conclusion

J’ai volontairement écarté de cette article tout ce qui, à mon sens, relève du crossmedia : catalogue d’exposition, livres et goodies que l’on trouve généralement à la boutique en sortant du musée. Cependant, j’ai surement oublié un certain nombre de possibilités que je vous invite à me signaler dans vos commentaires. Et puis comme je l’ai indiqué à propos de la réalité augmentée, l’apport des nouvelles technologies peut aussi être sujet à controverse. Alors si vous aussi vous pensez qu’il n’y pas que du bon dans le Transmédia, n’hésitez pas à donner votre avis à grand renfort d’exemples.




Il y a 5 commentaires

Ajoutez le vôtre
  1. yannickvernet

    Bonjour,
    merci de cet article. Malheureusement, je ne vois aucun projet transmédia dans les exemples cités. L’utilisation de technologies, aussi intéressante soit-elle, n’est pas un critère d’éligibilité au transmédia. Je ne vois aucun univers narratif digne de ce nom dans les exemples ci-dessus et aucune circulation transmédiatique qui apporterait une valeur ajoutée à cet univers et à l’expérience usagers.
    Il me semble que l’amalgame dans l’usage de ce terme me semble dangereux car le risque est grand de vider le transmédia de toute sa richesse et sa substance. Sans être un puriste borné, il me semble qu’on utilise un peu s(trop ?) souvent ce terme de transmédia dans la présentation de projets qui n’en sont pas.
    Bien sur, cela n’enlève rien à la qualité des expériences – très intéressantes – menées par certains musées et que vous citez dans cet article. Et cela n’enlève rien non plus à a qualité de votre blog que je lis souvent avec grand plaisir.
    Yannick Vernet

    • D-E-V-M

      Bonjour,
      Je découvre cet article un peu tard … Entièrement d’accord avec vous ! L’univers des musées garde un esprit avec une pédagogie qui est loin d’être fine : raconter plutôt qu’expliquer, imaginer plutôt qu’écouter, co-construire plutôt que scénariser, ces pistes créatives sont loin des préoccupations pédagogiques muséales : puisqu’on apporte des informations, il faut que le public apprenne, sans autre choix de comportement.
      Comme ces nouveaux musées sont chiants …

  2. Arnaud

    Bonjour Yannick,

    Ravi de te voir intervenir sur le blog. Je n’ai pas souvent l’occasion de répondre à un commentaire alors j’en profite. Tu as certainement raison, les exemples que j’ai présenté dans l’article ne sont pas assez « transmédia » et je m’intéresse plus dans cet article aux différents supports technologiques qui peuvent supporter les extensions de contenu qu’au contenu même des plateformes médiatiques.

    Cependant, je pense que la simple utilisation d’un audio guide pour raconter une histoire sur l’auteur d’une oeuvre ou sur l’oeuvre elle-même peut tout à fait entrer dans une démarche transmédia. Il m’est arrivé d’écouter la lecture d’une correspondance entre Gauguin et Van Gogh tout en contemplant un tableau du peintre. Une démarche que je qualifie de Transmédia puisque le contenu et le support sont bien différents et complémentaires et viennent tous les deux enrichir l’expérience du visiteur.

    J’aurais peut-être du citer l’exemple du Musée Van Gogh qui, pour animer une exposition sur le symbolisme, avait choisi d’associer certains tableaux à des morceaux de musique de compositeurs ayant influencé l’artiste. Par exemple, Kandinsky s’est inspiré de la musique que Schönberg, et de Rachmaninov ont composé pour accompagner l’iles des morts de Böcklin. Les visiteurs de cette exposition pouvait expérimenter l’influence mutuelle entre ces différents arts en écoutant les compositions de l’époque symboliste grâce à des QRCode.

    Je n’ai pas envie de participer à un quelconque débat autour du terme « Transmédia » qui pourrait limiter mon champ de réflexion. Je laisse cela à Mélanie qui, comme universitaire, saura le faire bien mieux que moi et je préfère passer du temps à explorer toutes les expériences (transmédia, crossmédia, plurimédia,…. peu m’importe le terme) et à les expérimenter plutôt qu’à débattre sur les définitions. Le plus important pour moi est d’y trouver une source d’inspiration qui nous permette d’aller plus loin dans la communication au sens large (car ce blog ne traite pas que du transmédia, ni des musées). Mais promis, je veillerai à l’avenir à être plus pointilleux sur l’usage du mot « Transmédia » ;)

    Bonne journée
    Arnaud


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