Financement des oeuvres transmedia

Quel modèle économique pour le financement d’un dispositif transmédia ?

On n’a pas le budget !

Que vous soyez journaliste, auteur, producteur transmedia, agence ou photographe, vous avez tous entendu un jour cette phrase qui tombe comme un couperet mettant fin momentanément à vos ambitions en matière de créativité transmédia.

Moi, ca m’est arrivé ce matin. La matinée avait pourtant bien commencé… avant que la responsable fiction d’une chaine TV ne prononce ces 5 mots visiblement dictés par une direction financière peu au fait des dernières tendances en matière de social TV et de transmédia. Cette charmante jeune femme a pourtant tout tenté : « Vous êtes sûr que le CNC ne peut pas financer le dispositif ? »… Ben voyons, si le CNC finançait les pages Facebook des emissions de TV, ça se saurait. La question du financement d’une oeuvre ou d’un dispositif transmédia se pose donc réellement et il faut reconnaitre que dans ce nouveau far-west qu’est le transmédia, il n’existe pas encore de modèle économique référent.

Qui doit financer la production transmedia ?

Le diffuseur ? La société de production ? Les pouvoirs publiques ? Les marques ? Un peu tous probablement… Pour le moment rien n’est écrit et chaque projet porte en lui son modèle économique. Pourtant le budget d’un dispositif transmédia peut paraître minime au regard du budget de production de la série à succès qu’il accompagne. Un dispositif transmédia comme celui créé pour la série TV Antigone 34 diffusée sur France 2 est le fruit d’une coproduction entre la chaîne, la société de production et la ville de Montpellier. Cela parce que chacun y trouve son intérêt.

Le diffuseur

Pour capter de l’audience, une chaîne doit se montrer innovante. A cet égard, Canal+, Arte et France Télévisions font partie des plus pro-actives en matière de transmédia. Toutes ont mis en place, en interne, une cellule dédiée à ce type de dispositif et elles fonctionnent généralement à plein régime. Cependant, l’initiative des projets est rarement du côté des chaînes qui culturellement sont habituées à recevoir les projets pour ensuite les sélectionner et les accompagner jusqu’à la diffusion. Les dispositifs transmédia, encore peu nombreux aujourd’hui, sont encore considérés comme des « expérimentations » et ne font pas l’objet de budget très important (100 K€ pour l’ARG de la saison 2 de Braquo probablement co-financé par Capa et Canal+).

L’audience est proportionnelle au succès de la série (pour les ARG) ou du site web de la chaîne (pour les webdocs). Tant que l’audience reste modeste, le financement ne suit pas. « Pas de bras, pas de chocolat ! » Il en va différemment pour la social TV qui, elle, coûte beaucoup moins cher et mobilise une audience plus forte à travers des plateformes gratuites telles que Twitter et Facebook.

Le producteur

Pour le producteur, la problématique est différente. Un dispositif transmédia associé à l’oeuvre (cinématographique ou télévisuelle) peut lui permettre de mieux valoriser son projet auprès du diffuseur. Il lui permet aussi de bénéficier d’un angle éditorial supplémentaire pour ses relations presse lors de la diffusion. Le transmédia ne fait pas encore vraiment partie de leur culture, ni de celle des auteurs d’ailleurs. C’est pour cette raison que certaines chaînes TV comme la RTBF organisent régulièrement des formations au transmédia pour les producteurs. Dans le cas de placement de produits désormais autorisé sur les chaines TV (sauf les chaines jeunesse), le dispositif transmédia est aussi l’occasion de valoriser la marque partenaire dans un environnement où l’engagement du public est plus important.

Les marques

Les marques ont déjà compris l’intérêt des plateformes interactives pour leur stratégie de développement. Désormais, elles ne parlent plus d’audience mais d’engagement. Dans les colloques marketing, on ne parle plus de pub mais de Brand content. Même sur les réseaux sociaux, on ne compte plus ses fans mais plutôt les commentaires qu’ils génèrent.

Bref, les marques recherchent un public (plus une cible) volontaire et impliqué et sont prêtes désormais à offrir pour cela des contenus à forte valeur ajoutée. Le placement de produit, bien réalisé, sert parfaitement cette stratégie et les webdocumentaires ou les webseries sont un formidable moyen pour plonger un public dans l’univers d’une marque et/ou de ses valeurs. D’ailleurs, signe des temps, aux Etats-unis, un nouveau métier a fait son apparition : Brand Journalist

Le modèle freemium

Peu de dispositifs transmédia font appel au grand public pour s’autofinancer. Ce fut le cas en 2011 de Detective Avenue, lancé par Orange et Murmures Productions. Un numéro spécial (0,34 € / minute) permettait à l’internaute d’écouter les messages téléphoniques laissés à l’héroïne. La réception et l’envoi de SMS (3 € les 8 SMS) permettaient de découvrir des indices supplémentaires au moment où l’internaute visionnait son épisode. Les services mobiles payants proposés étaient toutefois facultatifs et ne privilégiaient pas les joueurs qui les utilisaient.

En novembre prochain, Orange renouvelle l’expérience avec Lexis Numérique en lançant  début novembre leur fiction totale Alt Minds. Le premier chapitre du jeu d’enquête sera gratuit, les 7 suivants seront payants, à raison de 3 euros chacun. Un tarif préférentiel sera proposé pour l’achat de tous les chapitres. Le jeu casual, la webapp mobile et les épisodes de la websérie seront disponibles gratuitement.  De tels dispositifs s’avèrent rentables? Les producteurs pourraient peut-être nous renseigner…

Les aides publiques

En France, l’Etat subventionne la production de dispositifs transmédia avec des aides financières sélectives en faveur de la création pour les nouveaux médias gérées par le Centre national du cinéma et de l’image animée. Ces aides visent à accompagner des auteurs et des producteurs qui souhaitent intégrer les spécificités de l’Internet et/ou des écrans mobiles dans leur démarche artistique et de diffusion. Elles se déclinent en 3 parties :

  • l’écriture et le développement de contenus multi supports
  • l’écriture et le développement des contenus destinés à l’internet et aux écrans mobiles
  • la production de contenus destinés à l’internet et aux écrans mobiles.

On notera au passage que ces aides ne doivent pas dépasser 50 % du montant du budget total de production. Elles ne sont pas ailleurs accordées  que sous certaines conditions, notamment la fiabilité économique du projet. Il existe aussi d’autres aides publiques régionales et européennes. Elles sont recensées dans ce guide.

Le crowdfunding (financement par la foule)

Si vous avez un projet transmédia, il vous est aujourd’hui possible d’en financer tout ou partie grâce au public. Pour cela, vous pouvez utiliser une plateforme telle que kisskissbankbank. Lorsque les investisseurs donnent leur argent de manière désintéressée comme sur kisskissbankbank ou ulule, le don moyen est de 45 euros pour des projets de 4.000 euros en moyenne. Mais le taux d’échec sur ces plateformes est donc élevé. Sur ulule.com, seuls 40% des dossiers sont acceptés et 52% d’entre eux échoueront finalement à trouver l’argent qui leur est nécessaire. Sur 4.000 projets proposés à l’équipe de kisskissbankbank.fr, seuls 500 ont réussi leur pari (tout type de projet confondu).

Il n’est pas encore dans la culture des chaînes et des marques d’investir fortement dans les dispositifs transmedia. Mais nul doute que cela viendra. Après tout, les investissements en publicité on-line et mobile sont encore faibles au regard du temps passé par le grand public devant leur navigateur ou leur Smartphone.

Le transmédia se développe aujourd’hui rapidement sous l’impulsion de quelques passionnés dont vous faites probablement partie (puisque vous êtes là) et notamment grâce à l’initiative de quelques marques, Orange en tête (avec son Transmedia Lab). Nous sommes convaincus que, comme toutes les dernières innovations, le transmédia se développera à vitesse exponentielle. Qui aurait pensé il y deux ans qu’en 2013, plus de 70% des individus regarderait leur émission favorite un second écran à la main.

 

 




Il y a 5 commentaires

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  1. Transmedia : bulle ou boom ? | Cult

    […] hétérogènes à la fois dans leur taille économique et dans la qualité de leurs contenus. Aucun modèle économique ou structuration financière lisible ne soutient clairement l’é…. La notion même de transmedia est encore en chantier et la complexité des productions se […]


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