Quelle stratégie transmédia pour Canal+ en 2013 ?

En ce début d’année, nous avons choisi de vous présenter, à travers plusieurs articles, les différents projets transmedia et social TV que nous réservent les chaînes TV françaises et belges en 2014. Nous commençons aujourd’hui avec Canal +. Fabienne Fourquet, directrice des nouveaux contenus a accepté de nous consacrer un peu de temps pour revenir sur certains dispositifs marquants de 2012 et nous parler des évolutions à venir.

Les enseignements tirés de 2012 en matière de Transmedia

Sur des séries comme Braquo ou Engrenage, le coeur de fans propre à chaque série est très engagé et participe à ces dispositifs dans la durée en allant au coeur de l’enquête pour vivre une expérience innovante et immersive. En revanche, il semble difficile sur une période courte d’attirer une volumétrie qui va au delà du coeur de l’audience de la série.

Le nombre de participants était plus élevé pour le dispositif Engrenages que pour Braquo où il était nécessaire de communiquer son adresse e-mail pour participer à l’ARG. Ce frein a donc limité le nombre de participants. De plus, ce dernier dispositif conçu par Lexis Numérique avec CAPA était beaucoup plus multi-écrans et nécessitait plus d’efforts de la part des joueurs, tandis que celui autour d’Engrenages était plus classique (un seul site). La question qui se pose alors est de savoir s’il vaut mieux privilégier des dispositifs grand public ou plutôt ceux destinés à de véritables gamers ?

Pour Fabienne Fourquet, les deux types de dispositifs sont intéressants et aucun n’est à privilégier. Concernant Braquo, l’objectif était de donner plus à ceux qui aimaient déjà la série, alors que pour Engrenages l’objectif était clairement d’attirer de nouvelles personnes dans l’univers de la série par le biais du jeu. C’est pourquoi le type d’expérience proposé dépendra des objectifs fixés au préalable par la chaîne.

Des dispositifs d’animation de l’intersaison pour tenir les fans en haleine

Les projets en cours de conception reposent sur une nouvelle problématique : comment maintenir les fans en haleine entre deux saisons ? Ces projets concernent notamment trois séries, à savoir Kaboul KitchenMafiosa et Braquo. Le but est de trouver un moyen, en plus de ce que la chaîne a déjà fait, pour gérer l’attente des fans entre les saisons. Si d’habitude les dispositifs sont lancés en amont de chaque série, le travail sera réfléchi et réalisé d’une toute autre manière aujourd’hui. Et cela va entre autres passer par les tournages. En effet, le but sera de raconter une histoire pendant l’intersaison, en profitant des tournages réalisés ou de l’actualité des acteurs. D’autant plus que la réactivité des fans pour des séries comme Braquo ou Mafiosa est très élevée. Cela consistera aussi à leur fournir des éléments concrets sur l’histoire, des sortes de mises en bouche sur les saisons d’après. Mais comme nous l’explique Fabienne Fourquet, c’est un travail parfois complexe du fait des intersaisons qui sont souvent longues comme pour Kaboul Kitchen où la durée entre le dernier épisode et le prochain est évaluée à plus d’un an.

Les dispositifs autour des séries seront ainsi lancés plusieurs mois avant le premier épisode de la saison suivante alors qu’aujourd’hui ils commencent quelques semaines avant la diffusion.

Des projets qui reposent toujours sur de l’extension narrative et qui intègrent de plus en plus une dimension social media 

Les dispositifs reposeront toujours sur des éléments off donnés aux fans, mais l’équipe de Canal + réfléchit désormais à proposer du contenu additionnel qui se rattache à la saison à venir : vidéos interactives, gaming, expérience de type enquête, reportages… ou des éléments intemporels autour des personnages principaux de la série puisque c’est sur quoi les fans gravitent le plus.

En ce qui concerne la dimension Social Media, Fabienne Fourquet nous explique que la démarche en 2012 était un peu moins Transmedia et beaucoup plus active dans le second écran. Cela notamment avec l’application développée à l’occasion de la Cérémonie des Césars 2012 ou la Canal Football App qui a connu un énorme succès. Celle-ci s’est classée application n°1 sur tablette toutes catégories confondues, avec plus de 250 000 téléchargements. Elle a d’ailleurs reçu le prix Sport Numericus et le Grand Prix Stratégies / Amaury Médias du Sport. À présent, Canal + réfléchit à des dispositifs second écran beaucoup plus dans la simultanéité avec l’antenne en associant contenu, social, gamification et enrichissement éditorial autour de temps forts des programmes. (ndlr : vous pourrez d’ailleurs retrouver toutes les nouveautés de la chaîne en matière de second écran sur le site secondecran.fr)

Et en matière de webdocumentaire ?

Nous savons que France Télévisions et Arte se positionnent beaucoup sur le webdoc. L’approche de Canal + est différente. Fabienne Fourquet explique que la chaîne a des documentaires de grande qualité à l’antenne et que l’objectif est de travailler en amont avec l’équipe chargée de leur création pour créer un univers autour d’eux.

On a pu le voir avec Global Gâchis qui était une émission sur la thématique du gâchis alimentaire dans le monde où le documentaire a été enrichi par un évènement dans le centre de Paris sous la forme d’un banquet organisé sur le parvis de Notre Dame, ainsi qu’avec un dispositif digital complémentaire. L’équipe a créé des sortes de factoids « 10 choses que vous ne saviez pas sur le gâchis » qui ont été très partagés sur Twitter et qui ont fait monter le buzz autour du documentaire. Les infographies présentes dans le documentaire ont aussi été réutilisées pour développer un volet interactif sur le site. Enfin concernant l’évènement du parvis de Notre Dame, de nombreuses photos prises par la population ont été publiées sur Instagram, et beaucoup de partages contenant le hashtag #GlobalGachi ont été recensés. Le parti pris de la chaîne est donc de « digitaliser » la forme de leurs documentaires sans aller jusqu’au webdoc complètement.

Un des prochains gros projets de Canal + en matière de documentaires s’intitule Kindia. Kindia n’est pas un webdoc dans le sens traditionnel du terme mais il dispose tout de même d’une forme narrative originale sur les supports digitaux. Cette initiative de l’antenne consiste à soutenir des projets associatifs de la ville de Kindia située en Afrique centrale sur le long terme, entre 2012 et 2015 (nettoyage des eaux, éducation des enfants, problèmes agricoles…). Ce projet sera mis en lumière à l’antenne plusieurs fois par an. Le site associé comporte un système de donations de fonds soutenu par des reportages actualisés régulièrement (actualité de la ville avec des portes paroles associatifs, interviews de la population locale, photos des écoles en construction, explications des problèmes agricoles, etc.). Ce documentaire montre qu’avec des associations, du temps et un peu d’argent, on peut arriver à améliorer le niveau de vie d’une population d’une ville. C’est aussi le seul documentaire où les spectateurs peuvent agir sur le dénouement de l’histoire (par leurs dons notamment).

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Arnaud Hacquin

Arnaud Hacquin a créé en 2010 le Jardin des marques, une agence conseil en stratégie de marque et en communication transmédia. Il est aussi le fondateur avec Olivier Pouponneau (scénariste) et Jean-Michel Destang (Reporter) du Studio Transmédia The Rabbit Hole dont vous êtes en train de lire le blog. Arnaud enseigne aussi le Brand Content et le Transmédia Storytelling dans différentes écoles.

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