L’un des secteurs les plus dynamiques dans la création et l’extension de contenus aujourd’hui est celui des jeux vidéo. Les concepteurs l’ont bien compris, leur créations possèdent un potentiel impressionnant qu’ils sont de plus en plus à exploiter. L’univers créé autour de leur marque est alors décliné sur différentes plateformes médiatiques pour atteindre leurs cibles.

Ce blog étant dédié au Transmédia et donc à l’extension narrative des contenus de marque, nous avons décidé de nous intéresser plus particulièrement à ce sujet en vous présentant un panel des opérations de brand content possibles dans ce secteur. Du cinéma au documentaire en passant par le secteur de l’édition et les ARG, tels seront les domaines abordés dans cet article.

Cinéma : des courts métrages et web séries pour promouvoir les jeux vidéos

Ces formats sont beaucoup utilisés car ils donnent une dimension plus réelle au jeu et à son environnement, et surtout, s’ils sont bien réalisés, ils permettent d’augmenter le nombre de joueurs et d’acheteurs du jeu. Nous vous avons sélectionné quelques exemples pour illustrer cela.

  • Courts métrages

Il y a environ un an, le groupe Ubisoft a créé son studio, Ubisoft Motion Pictures, destiné à la valorisation des marques dans le monde du cinéma et de la télévision. En effet, l’éditeur, comme beaucoup d’autres, fait partie de ceux souhaitant développer narrativement leur univers. Comme l’explique Louis-Pierre Pharand, directeur d’Ubi Workshop : « Ubisoft y possède un intérêt stratégique, l’univers lui appartenant à 100% ».

Ghost Recon Alpha, le court métrage signé Ubisoft pour promouvoir la sortie du jeu Ghost Recon Future Soldier est le dernier exemple en date, avec la réalisation et la mise en ligne sur plusieurs supports (TV et Internet) de ce mini-film d’environ 25 minutes qui fait office d’un prequel du jeu.

Et donc, pour ajouter cette touche de réalisme et surtout l’inscrire dans un univers Transmédia, Ubisoft n’a pas manqué d’idées :

  • Les personnages principaux du court métrage sont les mêmes que dans le jeu
  • Le film se déroule juste avant un évènement clé du scénario du jeu
  • Le lieu où il se déroule et l’une des cartes multijoueurs du jeu
  • Un code caché présent dans le film permet de débloquer une arme dans le jeu via le Ghost Recon Network

Plus connu dans le secteur grâce à l’important univers Transmédia développé autour de lui, Assassin’s Creed a aussi bénéficié de deux courts métrages pour l’extension du contenu de la marque. Les films alors créés, offrent une expérience unique à l’internaute en éclairant une partie de la vie d’Ezio, personnage principal. Chose impossible à retranscrire dans le jeu. Cette fois ci, les courts métrages ne servaient donc pas seulement de prequel au jeu, ils permettaient de mieux comprendre son environnement et ses personnages.

Notons par ailleurs la diversité des formes que peuvent prendre ces mini-films, puisque le court métrage Ghost Recon Alpha, reprend de vraies personnes et un environnement réel, alors que dans le cas d’Assassin’s Creed, ce n’est pas le cas, on reste dans une présentation de jeu vidéo.

  • Web séries

Autre format dans le secteur de l’audiovisuel permettant de promouvoir la sortie d’un jeu vidéo, les web séries. Le jeu Mortal Kombat en est un bon exemple. Le principe est le même que pour les court métrages : développer le contenu de la marque, apporter plus d’informations sur les personnages, le contexte, l’histoire, etc., et surtout donner envie aux individus, connaisseurs ou non, de jouer au jeu. Seul le format change. Par exemple, dans le cas de la web série Mortal Kombat : Legacy, une dizaine d’épisodes présentent les différents personnages du jeu en y apportant des informations que les réalisateurs ne pouvaient pas retranscrire dans le jeu.

Et c’est actuellement au tour de Microsoft de se lancer aussi dans le secteur. En effet, le groupe proposera à partir du 6 novembre prochain une web série permettant de promouvoir le jeu vidéo Halo 4. Ce projet a notamment pour objectif d’introduire la saga des Halo à ceux qui ne la connaissent pas en y apportant des éléments nouveaux et uniques pour tous.

Documentaire : légitimer le scénario des jeux

Autre forme de promotion des jeux vidéo, les documentaires. Le but est de faire disparaître du mieux possible les barrières entre le réel et le virtuel, de valider dans le réel un scénario, un lieu, un contexte, etc. qui n’est que virtuel à la base. C’est pourquoi, les créateurs des jeux vidéos Black Ops 2 et Deus Ex: Human Revolution ont choisi de réaliser un documentaire pour la sortie de leur jeu.

Dans le cas de Black Ops 2, dont le sujet porte sur la guerre et l’armement dans un futur lointain (2025), Activision, entreprise de développement et d’édition du jeu, a réalisé une série documentaire d’une durée totale de 8 minutes environ, découpée en 5 chapitres, sur le futur de l’armement et de la guerre. Ce documentaire, visible par la suite, permet alors de légitimer le scénario développé dans Black Ops 2. Et pour rendre le dispositif encore plus complet et intéressant, les réalisateurs ont créé un autre documentaire permettant de valider encore une fois le scénario du jeu dans le réel. En effet, quelques jours avant la mise en ligne officielle du documentaire, Activision a demandé à Kyle Myers de réaliser une vidéo « unbranded », Prototype Quadrotor with Machine Gun! dans laquelle le test d’un drone qui serait disponible en 2025 serait effectué. Et où cela devient intéressant pour les joueurs de Black Ops 2, c’est qu’ils pourront découvrir et tester ce véhicule bien avant tout le monde dans le jeu ! Pari réussi pour Activision qui a obtenu des millions de vues pour cette vidéo.

De son côté, Square Enix US, créateur du jeu Deus Ex: Human Revolution a fait appel au réalisateur Rob Spence pour réaliser un documentaire de 12 minutes environ (ci-dessous), portant sur les avancées dans  les domaines de la cybernétique, la prosthétique et l’augmentation humaine. C’est de manière très réussie que Rob Spence a atteint l’objectif fixé avec un documentaire centré sur l’augmentation mécanique d’Adam Jensen, personnage principal du jeu. Dispositif qui s’intègre donc totalement dans une stratégie Transmédia. Afin de rendre le concept encore plus réel, Rob Spence a donc interviewer 7 personnes « augmentées » qui témoignent donc de leur expérience et des avancées dans le secteur. Le réalisateur fait alors disparaître les barrières entre le monde du jeu vidéo et le monde virtuel de manière exemplaire.

ARG (Alternate Reality Game) : développer des univers de fiction autour du jeu

Les ARG sont un autre moyen de donner du réalisme au jeu. En effet, même si par définition cela en est aussi un et que certains éléments restent fictifs, son déroulement et les missions à résoudre sont bel et bien dans le réel. Les frontières entre le monde du jeu et du monde réel sont donc totalement brouillées. Un des meilleurs exemples que l’ont peut citer dans ce domaine est celui de l’ARG, I Love Bees, créé en 2004 pour la sortie du jeu Halo 2. Développé par 42 Entertainment, l’ARG était basé sur le sujet principal du jeu vidéo et avait pour but de révéler des éléments de la fiction au fur et à mesure que les joueurs résolvaient les énigmes. La participation des internautes dans le dispositif et l’interactivité étant l’atout majeur des ARG. I Love Bees a d’ailleurs connu un large succès puisqu’environ 250 000 personnes ont visionné le site créé pour ce dispositif quand il a été lancé en Août 2004, plus de 3 millions de visiteurs ont vu le site au cours des trois mois de l’ARG, et des milliers de personnes à travers le monde ont participé au jeu. I Love Bees a aussi remporté de nombreux prix pour son innovation et contribué à lancer de nombreux ARG pour les jeux vidéo (notons par exemple celui pour la sortie du jeu Portal 2, Potato Sack).

Site web interactif et secteur de l’édition : des formats moins prisés mais à ne pas négliger

Moins utilisé pour la promotion des jeux vidéos mais possédant tout de même un potentiel certain dans le domaine, nous abordons à présent le sujet des sites web interactifs. Pour la sortie du jeu vidéo LEGO Star Wars III, un site web interactif a été réalisé en reprenant l’univers et en proposant des contenus liés au jeu vidéo mais non présent à l’intérieur. Ainsi, l’internaute peut découvrir des parties du jeu vidéo en avant-première et débloquer des personnages. Autre touche de différenciation : ce jeu en ligne propose une expérience multijoueurs aux individus. L’univers de Star Wars est alors mis en scène de manière interactive leur permettant de déjà jouer au jeu, en leur donnant tout de même envie de prolonger l’experience sur d’autres supports.

Un peu moins impactant mais tout aussi utilisé dans ce domaine, les BD, Comics ou romans sont eux aussi des moyens pour les réalisateurs d’étendre l’univers de leur marque. Déjà cité dans cet article, la saga Assassin’s Creed est un très bon exemple de dispositif Transmédia et d’extension de contenu. Dans ce cas, les BD, Comics et romans étaient complémentaires avec d’autres formats pour créer tout un univers mais ils peuvent également précéder la sortie d’un jeu et servir de prequel tout comme le court métrage Ghost Recon Alpha. Cependant, l’impact sera très certainement moindre que pour ces dispositifs audiovisuels. Mais les supports d’édition possèdent eux aussi leurs avantages car en plus d’être très attractifs en fonction des visuels créés par les auteurs, ils permettent une plus grande liberté dans la narration. En effet, il est plus facile de s’étendre sur un sujet par écrit que dans une vidéo, et surtout beaucoup plus de détails peuvent être apportés. Le secteur de l’édition est donc moins utilisé lors des opérations de brand content des jeux vidéo mais n’est pas à négliger, d’autant plus que les avancées technologiques permettront d’offrir de nouvelles opportunités créatives à nos réalisateurs.

Comme nous le montre cet article, il existe de nombreuses manières de promouvoir un jeu ainsi que de développer et agrandir l’univers autour de lui. Que ce soit un court métrage, une BD, un documentaire, un site internet interactif ou un ARG, chaque support possède ses avantages et ses inconvénients. C’est donc en fonction des objectifs et des ambitions des créateurs que le support sera choisi. Par exemple, si l’objectif principal est de rendre l’univers très réaliste, il faudra plutôt opter pour un documentaire ou un court métrage. Si la principale volonté du réalisateur et de promouvoir le jeu, alors un site web interactif pourra être suffisant, etc. Dans tous les cas, l’aisance avec laquelle les créateurs exploitent l’univers de leur marque montre bien que le secteur des jeux vidéo possède un fort potentiel dans ce domaine et que le Transmédia y trouvera un avenir certain.

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