Aujourd’hui je me suis rendu à la conférence organisée par le blog Esprit BD à la Gaité Lyrique. Cet événement nous invitait à réfléchir aux nouvelles formes de création liées à la révolution technologique du numérique. La conférence animée par Sébastien Célimon, bloggeur au Monde.fr (Le Comptoir de la BD) accueillait aujourd’hui 3 auteurs et spécialistes de la création numérique qui ont échangé leur vision de la BD numérique :

  • Balak (Turbomédia, Marvel),
  • Xavier Guilbert (du9.org)
  • Yannick Lejeune (organisateur du Festiblog et Intervenant chez Delcourt)

Dés le début de la conférence Balak fait le distingo en « BD numérisée » et « BD numérique » et en faisant allusion aux premiers essais des éditeurs consistant à proposer sur supports digitaux un simple « scan » de planches de BD. Selon lui, il est indispensable de prendre en compte les spécificités du support (écran, tablette tactile,…) afin d’amener la BD vers une oeuvre plus « numérique » ou « plus interactive ». Apparemment, le marché est loin d’être mature et aucune définition académique ne se dégage du propos des intervenants. Quelques points semblent néanmoins faire consensus.

La numérisation de la BD n’est intéressante que si elle apporte quelque chose à l’histoire. Ainsi, lire une BD en silence est aussi un plaisir. Et il n’est par certain que la consulter sur une tablette tactile apporte un plus selon Yannick Lejeune. Je rejoins son avis. Mais il faut cependant reconnaître que la tablette permet néanmoins de transporter plus facilement sa BDthèque. Par ailleurs, je pense que certains formats (les mangas par exemple) se prêtent plus facilement à la transposition sur support numérique.

La « numérisation » ne doit en aucun cas dénaturer les intentions de l’auteur par l’usage d’effets visuels ou d’animations, certes spectaculaires, mais parfois à l’opposé des intentions de l’auteur. Et on attire alors notre attention sur l’exemple de la BD numérique créée par Disney à l’occasion de la sortie du film Tron Lagacy.

Il faut reconnaître que c’est très bien réalisé.  Selon Xavier Guilbert, ce type d’approche, très linaire, enferme l’internaute dans un mode de narration alors qu’une BD classique laissera au lecteur la possibilité de trouver son chemin à travers la planche. Selon Yannick Lejeune, l’erreur vient des agences de communication (Arrrrgh, elles ont toujours bon dos les agences) qui privilégient le spectaculaire à l’histoire. Les mauvaises agences peut-être… Les bonnes chercheront à travailler avec l’auteur et à trouver des solutions tout aussi spectaculaires mais qui ne renvoient pas l’histoire au second plan.

Mais de telles approches posent, comme le rappelle Xavier Guilbert, la question des moyens financiers. Le marché de la BD reste à ce jour un petit marché équivalent selon lui au chiffre d’affaire du plus gros hypermarché de France. Or la mise en place d’un dispositif numérique pour une BD à un coût que ne sont par forcément encore prêts à payer les éditeurs tant que la demande n’est pas encore identifiée. Est-ce donc aux auteurs comme Balak à faire preuve de créativité et à mettre la main à la planche ?

Le marché de la BD en France : La Bande Dessinée a représenté en 2011 plus de 38 millions d’exemplaires vendus pour un chiffre d’affaires de 416 millions d’euros. Selon l’institut GfK cela représente 12% du chiffre d’affaires du marché total du livre en France. Les ventes ont légèrement baissé en quantités (-0,4%) mais ont progressé significativement en chiffre d’affaires avec +3,9% gagné par rapport à l’année dernière. En 2011, c’est la Bande Dessinée Jeunesse qui a été le segment le plus dynamique. Pour en savoir plus, vous pouvez télécharger ce Rapport d'étude GFK.

Cette conférence a aussi permis de mettre en lumière une autre initiative intéressante : la BD « 3 Secondes » de Marc-Antoine Mathieu (Éditions Delcourt). Une oeuvre qui se découvre en 2 formats : un album papier, et une version numérique.

D’autre expérience de « numérisation » sont menées sur le site thrillbent.com. Cette plateforme créée par Mark Waid et dédiée aux comics avec contenus enrichis propose notamment une BD numérique mise en ligne par épisode de manière hebdomadaire. Sur cette plateforme, les internautes sont d’après Balak invités à donner leur avis sur les expériences menées afin d’obtenir des retours des lecteurs et de progresser.

 

 

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Arnaud Hacquin a créé en 2010 le Jardin des marques, une agence conseil en stratégie de marque et en communication transmédia. Il est aussi le fondateur avec Olivier Pouponneau (scénariste) et Flo Laval (Réalisateur) du Studio Transmédia The Rabbit Hole dont vous êtes en train de lire le blog. Arnaud enseigne aussi le Brand Content et le Transmédia Storytelling dans différentes écoles.

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