À quoi servent les images de guerre si elles ne créent pas la paix ? Avec « The Enemy« , le photographe de guerre Karim Ben Khelifa crée un face-à-face entre deux combattants. En donnant la parole à ceux qui portent la violence, le projet confronte les points de vue des ennemis et les humanise.

C’est Chloé Jarry, productrice chez Caméra Lucida qui présentait le projet lors du Forum Blanc 2016. Elle révèle que Karim Ben Khelifa avait déjà réalisé un reportage dans un magazine fonctionnant sur le même principe : des portraits d’ennemis. Chloé décrit ensuite la génèse du projet.

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Face à Face, deux combattants s’observent

L’un après l’autre, ils dévoilent les raisons pour lesquelles ils se sont engagés dans la guerre. Pourquoi ils ont trouvé un jour plus approprié de prendre les armes pour défendre leurs convictions, leur famille, leur pays, leur clan ou leur foi, suivant ainsi leurs parents et ancêtres qui avaient fait de même.

Janvier 2014 : Création des premiers prototypes

Le premier prototype n’était que sonore (son spacialisé). Selon la position de la personne dans la pièce, le son était différent comme si la frontière était passée et que la rencontre avec l »autre » pouvait s’effectuer. Le passage de la frontière virtuelle déclenchait l’interview de l’un ou l’autre combattant. Dans un second prototype, une image photo du combattant était ajoutée.

Mars 2014 : rencontre avec Emissive

La Sté Emissive, co-productrice du programme, proposait un dispositif relativement simple. Il consistait à filmer les interviews des combattants à l’aide d’un fond blanc, de 4 caméras et d’une Kinnect pour reconstituer ultérieurement le combattant en 3D. Les premiers tournages ont eu lieu à Tel Haviv et Gaza. Le projet prenait corps.

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Novembre 2014 : premier tests de diffusion à Paris

Les premiers tests sont concluants et les première réactions sont bonnes mais le projet manque encore d’UX Design et de contenu. Les premiers retours d’expérience montrent que les cobayes sont stressés lors de la rencontre avec les combattants habillés comme tels et pourtant désarmés. L’expérience peut même se montrer effrayante pour un jeune public.  Le confort d’expérience est aussi relatif (casque + ordinateur dans un sac à dos). Caméra Lucida est alors convaincu qu’il faut multiplier les tests avant de passer en diffusion.

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Décembre 2014 : Première présentation à NYC puis une longue période de test

Assisté par le service culturel de l’ambassade de France à NYC, Caméra Lucida présente durant 3 jours leurs prototypeau public et à des partenaires potentiels. Durant un an, l’installation sera ensuite présentée à de nombreux festivals, toujours pour tester la réaction du public. Certains ajustements on ainsi pu être faits :

  • pour empêcher le public de « jouer » avec le dispositif et d’en oublier le propos
  • pour inciter les spectateurs à avancer vers les combattants et déclencher ainsi les discours
  • pour ajouter une porte au décors afin de réduire le sentiment de claustrophobie
  • pour aménager l’entrée dans l’expérience et rassurer l’utilisateur
  • pour aménager la sortie de l’expérience en laissant parler les gens s’exprimer

Et après ?

Le projet permettra de mettre en scène 4 conflits (Israël/Palestine, Congo, Salvador, Korée ou Birmanie). L’expérience sera à terme multi-utilisateurs et permettra à 5 personnes de vivre l’expérience simultanément. Pour cela, elle devront pouvoir s’apercevoir sous forme de silhouettes dans l’expérience afin d’éviter les collisions.

Un axe de développement, mené en collaboration avec Fox Harrell du MIT, consiste à personnaliser l’expérience en fonction de notre rapport avec le conflit, de notre attitude face aux combattants durant l’expérience. Les utilisateurs pourront même s’identifier à l’un ou à l’autre des combattants et prendre sa place dans l’expérience. L’objectif est de faire réfléchir et réagir le public à l’issue de l’expérience.

L’installation physique tournera fin 2016, en partenariat avec des ONG, sur les zones de conflit dans le cadre de programmes de pacification. Le lancement en France est prévu pour début 2017. Des vidéos tournées en 360 viendront aussi accompagner les interviews. Une application en réalité augmentée sur smartphone sera mise en ligne sur les stores. Le combattant se retrouvera ainsi chez vous.

 

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