Lors du dernier Festival de la fiction Tv de La Rochelle, nous avons eu l’occasion de rencontrer un jeune réalisateur aussi sympathique que talentueux. Régisseur dans l’audiovisuel, Harold Varango réunit fin 2010 une équipe technique de braves et élabore avec elle deux épisodes d’une première version de Persuasif, qui prendra sa forme définitive en 2015 grâce à la collaboration d’ARTE Creative.

Il s’appelle Nathanaël, ne porte jamais de pistolet sur lui et ne parle qu’à bon escient. Homme de sang-froid, le héros de Persuasif se fait un devoir de recouvrir des dettes en usant de la psychologie davantage que de la violence. Pour le moins singulier, ce garçon a également deux compagnes différentes à qui il semble porter une attention sincère. L’une et l’autre perçoivent sa double vie mais sont irrésistiblement attachées à lui et continuent de le fréquenter. La plupart des épisodes voient Nathanaël dénouer un dossier sensible. Mais sur l’ensemble de la saison, il avance plus difficilement sur une affaire plus explosive que toutes les autres, qui implique le fils du ministre de l’Intérieur. Ses méthodes brillent par leur ingéniosité, leur audace ou leur imprévisibilité. Mais certaines conséquences de son efficacité ne vont pas tarder à remettre en cause sa thèse selon laquelle il rendrait service à ses cibles.

Persuasif nous livre une réflexion originale et confronte conscience, morale et manipulation. Que son action soit ou non légale, que peut-on vraiment reprocher à celui qui semble convaincu de rendre les choses meilleures ?

Un choix de format et de rythme

Persuasif apparaît à l’écran au format CinemaScope originel. Le cadre, très large, joue souvent avec les lignes horizontales du décor, aidé en cela par une caméra généralement fixe ou stable. Même si le monde « des quartiers » n’est très souvent perçu aujourd’hui que comme un explosif espace de rage, Persuasif s’attache à le montrer comme il est la plupart du temps: immobile. Les couleurs sont piquantes, pour échapper au cliché de la grisaille reine, mais le contraste marqué rappelle que ce sont des drames qui se jouent. Persuasif n’a rien de frénétique. Sans que cela soit synonyme de lenteur, son tempo est le plus souvent posé, cherchant à opposer un démenti aux thèses voulant qu’il faille « très vite aller vite » pour garder un internaute. L’usage systématique du cut et une propension à entrer d’emblée dans le vif des scènes la préservent de toute léthargie.

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Une autre diversité

Cela sautera peut-être aux… oreilles de ceux qui auront préalablement su l’implantation plutôt banlieusarde de l’histoire, il n’y a pas de rap dans Persuasif. Pas même des sonorités vaguement hip-hop. Non pas, loin s’en faut, que le réalisateur éprouve quelque défiance à l’endroit de ce genre musical ou de cette culture. Mais Le compositeur Laurent Sako est allé puiser dans la musique traditionnelle africaine, dans le folk, dans le blues, dans l’électro et dans la soul pour élaborer un ensemble cohérent qui n’est en décalage avec l’histoire que pour celui qui a une perception fantasmée du décor de cette dernière.

La direction d’acteurs

Persuasif fuit l’interprétation toute en hargne et en fureur qui est presque devenue la règle dans l’audiovisuel en France dès lors que s’expriment des gens de couleur ou des banlieusards. Connaissant pour la plupart intimement la réalité de l’environnement de leurs personnages, les comédiens offrent à la série des propositions plus subtiles que celles qui sont régulièrement servies pour des récits ayant le même type d’environnement.

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Au-delà de la forme

Persuasif se veut une réflexion sur la morale. Comment juger celui dont les actes vous choquent lorsqu’il semble être en parfait accord avec sa conscience ? Est-on d’ailleurs jamais vraiment en accord avec cette dernière ? Dans quelle mesure tordons-nous notre grille de valeurs pour qu’elle devienne moins contraignante ? Persuasif est aussi, et ce n’est pas la moindre de ses facettes, l’histoire d’un amour différent, d’un amour qui refuse de ressembler aux autres amours. L’histoire d’un homme qui pétrifie les pires truands par sa seule présence mais qui a par ailleurs «le cœur trop grand » pour lui, comme le dit la chanson de Julien Clerc. Une ballade sensuelle cachée derrière le polar, à moins que ce ne soit l’inverse. Persuasif est enfin une occasion de voir les habitants «des quartiers» autrement que comme une horde de gens énervés et dépourvus de maîtrise. De les voir parler avec leur silence. De les voir sourire, de les voir aimer. Et à l’arrivée, de les aimer sans condescendance. De les aimer tout court.

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Arnaud Hacquin a créé en 2010 le Jardin des marques, une agence conseil en stratégie de marque et en communication transmédia. Il est aussi le fondateur avec Olivier Pouponneau (scénariste) et Flo Laval (Réalisateur) du Studio Transmédia The Rabbit Hole dont vous êtes en train de lire le blog. Arnaud enseigne aussi le Brand Content et le Transmédia Storytelling dans différentes écoles.

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